Comment je suis tombé amoureux des SHS

J’ai commencé mes études post-bac en Licence de psychologie (université Nancy-II, promo 2012-2015). Après une tentative de Master en psychologie clinique et psychanalyse (université de Strasbourg, promo 2015-2017), je me suis plutôt redirigé vers le M2 Ingénierie Pédagogique des Masters Métiers de l’Éducation, de l’Enseignement et de la Formation (abrégé MEEF ; ÉSPE de Nancy, promo 2017-2018).

J’y ai fait tout d’abord la rencontre de la psychanalyse, puis la rencontre avec une forme des psychologies cognitives et enfin avec la sociologie via la sociologie de l’éducation. À chaque fois, ce qui m’a tout à fait séduit c’est que je vivais mes découvertes comme un dévoilement de la réalité. J’avais, à l’époque, un rapport transcendantal avec ces sciences.

La psychanalyse m’a ouvert les yeux sur l’inconscient (voire l’Inconscient). « [Le] Moi […] n’est seulement pas maître dans sa propre maison, qu’il en est réduit à se contenter de renseignements rares et fragmentaires sur ce qui se passe, en dehors de sa conscience, dans sa vie psychique »1 Quelle claque !

Les sciences modernes (spécifiquement cognitives) vont de pair avec cette idée en nous montrant nos biais socio-cognitifs. Et bien que leur épistémopolitique soit critiquable, la suite du texte de Sigmund Freud pourrait tout à fait leur correspondre : « D’où la levée générale de boucliers contre notre science, l’oubli de toutes les règles de politesse académique, le déchaînement d’une opposition qui secoue toutes les entraves d’une logique impartiale. »

Mon parcours s’est continué en sciences de l’éducation appliquées. J’ai rencontré la sociologie de l’éducation par les études désormais classiques de Bourdieu, Passeron, Bernstein, Renard, Lahire, etc. Encore une fois, ce fut comme si on me révélait une partie du monde qui était là, autour de moi, mais que je ne pouvais pas voir.

Juste avant mon inscription en doctorat, je découvre timidement les sciences sociales féministes. Et puis mon aventure s’est terminée, pour l’instant, par mes lectures des épistémologies critiques lors de ma première année en tant que doctorant. À chaque fois, encore cet émerveillement, cette illumination, le « hotsu bodaishin » de Dōgen : je perçois quelque chose de plus, qu’il ne m’est plus possible de dé-voir.

Je suis amoureux des Sciences Humaines et Sociales (abrégé SHS) pour ce sentiment de découvrir un savoir caché du monde : un savoir littéralement ésotérique mais pas occulte. Un savoir qui fait sens. Un savoir qui donne sens à des phénomènes quotidiens. Un savoir qui produit du sens quotidiennement.

De plus, la lignée d’auteurs et d’autrices qui va de Sigmund Freud, à Eve Kosofsky Sedgwick, en passant par Karl Marx, Pierre Bourdieu ou encore Frédéric Lordon portent tous et toutes cette vibration démocratique qui me tient à cœur et qui me touche. Leurs productions scientifiques est toujours analytique et critique et repousse toujours plus les idéologies et l’obscurantisme.

Je suis tombé amoureux des SHS aussi pour cette force. Les SHS façonne un esprit de critique. Pas l’esprit critique libéral et individualiste dont on parle souvent. Je me fous que Pierre(tte), Paul(e) ou Jacque(line) soit en capacité de douter et de vérifier les informations qui viennent à elles et eux. Enfin, ça ne suffit pas à produire un monde en commun. C’est la critique des assignations, des dominations, des disqualifications qui nous le permettront ; une critique en acte, une critique étayée, une (auto)critique réflexive de ses implications et de ses conséquences = une critique praxique.


  1. Freud, S. (1916). Introduction à la psychanalyse : 3e partie (S. Jankélévitch, Trad.) . p. 33. Disponible en téléchargement à : https://psychaanalyse.com/pdf/Freud-introduction-psychanalyse.pdf ↩︎

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