Professionnalisme

Au cours de mes recherches, après avoir fait un état des lieux des critiques qui s’opposent à mes propositions pédagogiques, je me retrouve, malgré moi, confronté au concept de professionnalisme. Notamment car l’une des remarques que l’on m’adresse beaucoup est que je manque de professionnalisme voire que je ne suis pas un « vrai professionnel ». Je livre ici le compte-rendu de cette courte exploration qui s’est imposée à moi.

Pour cette étude, ma trouvaille est L’injonction au professionnalisme de Valérie Boussard, Didier Demazière et Philip Milburn (2010). Spécialement, l’introduction d’une quinzaine de pages qui propose une définition des termes m’interrogeant : profession, professionnel·le et professionnalisme. Au-delà du travail définitionnel qui a été fait par l’autrice et les auteurs, c’est un véritable soutien que j’y ai trouvé. Cela fait des mois que je porte des hypothèses semblables et que l’on me rie au nez.

Quelles sont mes hypothèses ? Premièrement, qu’une norme prescriptive dite « professionnelle » s’impose de l’extérieur des groupes concernés sans prises en considération des expertises constituées par lesdits groupes. Deuxièmement, que cette norme de « professionnalisme » se généralise ; c’est-à-dire qu’elle s’impose, sous les mêmes injonctions, à tous·tes sans prise en considération des réalités des différents emplois. Cela me semble être un embourgeoisement des professions, une colonisation des normes professionnelles.

Représentations et définitions

La représentation qui me semble la plus courante et que l’on retrouve dans de nombreux discours est une vision du professionnel archétypal comme sérieux dans son travail, neutre, ne mélangeant pas vie professionnelle et vie personnelle. Dans mes milieux, travail social et animation notamment, je me suis personnellement retrouvé face à ces injonctions :

  • Les professionnel·les agissent. Il est plus perçu comme « professionnel » (dans un sens mélioratif) un·e employé·e débordé·e qu’un·e employé·e abattant la même quantité de travail mais calmement.
  • Les professionnel·les sont interchangeables. Les caractéristiques sociobiodémographiques des personnes ne rentrent pas en ligne de compte si elles sont « vraiment professionnelles ».
  • Les professionnel·les ne parlent pas de politique et ne politisent pas leur lieu de travail… même quand ce travail est éminemment politique (l’éducation, le travail social…). Ils et elles observent une neutralité laïciste.
  • Les professionnel·les ne parlent pas d’elles et eux-mêmes. Ce n’est pas le sujet.
  • Et les professionnel·les ne s’amusent pas : ils et elles travaillent. Une opposition nette est faite entre travailler et prendre du plaisir, rendant suspect les travailleurs et travailleuses s’amusant. Travailler ici est perçu uniquement d’après sa soi-disante étymologie liée au tripalium : un objet de torture.

Je pourrais rajouter que les professionnel·les présentent bien : ils et elles s’habillent selon les codes de leur profession et sont poli·es. Cela pose toujours quelques questions en éducation populaire, dans certains milieux de l’animation socio-culturelle ou du travail social de rue. En ces endroits, la notion de « bonne présentation », voire de « tenue correcte » est souvent une discussion pleines de contradictions.

Si je m’attarde sur les termes employés, encore une fois, je me heurte à l’usage flou au quotidien (tant par des étudiant·es que par des formateurs, formatrices et/ou chercheurs, chercheuses, sociologues, psychologues, anthropologues). « Profession », « métier », « emploi », « travail » au même titre qu’ « employé·e », « professionnel·le », « salarié·e » semblent synonyme mais pas tout à fait : parfait pour faciliter des incompréhensions interpersonnelles. Et je ne parle même pas de « professionnalisme » dont je n’ai jamais reçu une véritable définition autre que circulaire : « le professionnalisme c’est être professionnel·le ». Parfois agrémenté d’une critique de type « mais attention tous les pros ne sont pas professionnels ». Le professionnalisme se résume donc par : « ce que j’ai envie de qualifier comme “bien” ou “utile” professionnellement parlant ». Je note, par ailleurs, que « pro » ne semble pas strictement synonyme de « professionnel·le », bien qu’étant une troncature.

Bref, c’est flou. Il me semble donc nécessaire de repasser par un temps définitionnel :

J’évacue la notion de « travail » de ce présent écrit ; cela aurait été bien trop long et surtout cela n’est pas le propos que je cherche à tenir ici. Pour les personnes frustrées de cette mise de côté, Karl Marx (en auteur classique) et Bernard Friot (en auteur contemporain) ont largement plus définis le travail que ce que je serais en compétence de faire. J’ai un souvenir tendre de belles conférences de Bernard Friot sur YouTube sur le sujet, j’invite les concerné·es à aller s’y perdre !

Concernant la profession, elle est à distinguer du métier et de l’emploi. Quand l’emploi se résume à l’offre ou au contrat de travail, le métier déjà englobe quelque chose de plus large. Le métier ne s’arrête pas à un emploi précis mais peut s’exprimer dans plusieurs emplois. Le métier est davantage défini par des compétences acquises (généralement lors d’une formation qualifiante) et un début de reconnaissance dans un champ d’activité donnée. Alors que l’emploi est une situation, le métier est plus une caractéristique personnelle.

Je peux par exemple être cuisinier de métier et avoir comme emploi : chef-cuisine, second de cuisine, cuisiner de collectivité, cuisiner traiteur, cuisiner dans l’industrie, etc. Mon métier englobe plusieurs emplois possibles. L’emploi change à chaque situation d’emploi, le métier reste le même. Il est possible même de pousser l’analyse de la situation d’emploi à la géographie, la notoriété de l’entreprise employeuse, etc.

La profession est le rang suivant : c’est la reconnaissance sociale voire sociétale d’un groupe de métiers. La profession est une forme héritée des corporations : un groupement de métiers ayant des connections évidentes et qui se constituent comme un seul corps, notamment pour défendre leurs intérêts. Everett Hugues ou Eliot Freidson ont participé à l’émergence de cette vision. Notamment en distinguant les professions honorables et celles qui luttent pour l’honorabilité (le processus de professionnalisation) et en nommant les professions à licence comme une sorte de chasse gardée (ordre des médecins, barreau des avocats, etc.).

La profession c’est aussi l’identité (professionnelle) d’une personne : « avoir une profession […] c’est d’abord pouvoir dire à autrui quelle est son activité professionnelle, c’est pouvoir donner un nom à ce que l’on fait comme travail »1. Et là aussi on peut s’arrêter pour observer les dominations et luttes à l’œuvre : certains métiers, certaines professions se nomment plus facilement que d’autres. Tout comme certains titres sont plus à même de capter des capitaux symboliques que d’autres.

Imaginez être maître de conférence, psychologue, médecin généraliste ou inspecteur de l’Éducation Nationale c’est autre chose que d’être équipier, chargé de X ou employé·e polyvalent. Le nom même de la profession nomme un grade, une qualification, un titre et/ou un niveau de diplôme. « Équipier » ou « employé·e polyvalent » ne dit rien de l’environnement de travail ou des missions. Quand on dit à quelqu’un : « Je suis médecin généraliste. », la personne entend les années d’études et peut imaginer les missions, l’environnement de travail et même la qualité des revenus. Il y a des métiers bien plus difficiles à nommer. 

C’est un sujet que l’on évoque souvent avec des collègues, en blaguant sur nos familles qui ne comprennent jamais vraiment ce que l’on fait. « Je suis prof mais pas vraiment prof… enfin, je ne travaille pas avec des enfants mais plutôt avec des adultes. Je les forme à la gestion émotionnelle et au travail d’équipe. Oui, ça se travaille et oui, on forme à cela. Non, je ne suis pas coach… Qui me paie ? Bah mes publics mais pas tout à fait, enfin pas tout le temps… ». Bref, c’est compliqué.

Je pourrais indiquer plus simplement : « Je suis formateur en sciences de l’éducation. » Les concerné·es rigolent déjà en lisant cette phrase ; « formateur·ice » ne dit rien du niveau de qualification ni vraiment de la mission concernée. Il y a des formateurs employés qui répètent les mêmes cours en boucle, obligés parfois de suivre des diaporamas précis qu’ils n’ont pas conçus. Et il y a des formatrices qui enseignent/forment/éduquent des apprenant·es de haut niveau tout en gérant des plannings, des certifications, des projets de (ré)insertion, etc.

Alors que j’œuvre majoritairement avec des normes venant de l’éducation populaire, on m’a déjà dit que mon métier c’est de « formater les gens ». C’est rigolo qu’on ne disent pas ça aux professeur·es des écoles, aux assistant·es maternelles ou aux parents. Je fais l’hypothèse que tout cela est lié. Puisque nos emplois ne font pas toujours métier et ne font sûrement pas profession, il est possible/facile de nous disqualifier. C’est moins évident avec des membres de professions honorables à licence.

J’en reviens aux définitions. « Professionnel·le » pourrait simplement signifier « membre d’une profession », c’est là que ça se corse. « Professionnel·le » est tout à fait polysémique. Cela signifie tantôt :

  • « emploi » ou « métier » quand la question posée est : Quelle est votre profession ? Que faites-vous dans la vie (professionnellement parlant) ?
  • « salarié·e » quand on parle d’ « activité professionnelle » et qu’en réalité on devrait entendre « activité rémunérée »
  • « spécialiste » quand on entend un commentaire de type : « C’est un·e professionnel·le ! » ; ce qui renverrait du coup plutôt à notre « métier »

Évidemment, rien n’est tout à fait à contre-sens. Toutefois rien n’est vraiment précis. Cela peut ainsi soulever une question : « qu’est-ce qui distingue un travailleur professionnel d’un travailleur non professionnel et qu’est-ce que cette expression signifie : pas (suffisamment) compétent, qualifié, impliqué, sérieux… ? »2. Cette question revient à demander un éclaircissement quant au critère « professionnel » : est-ce la compétence ou la qualification ? est-ce plutôt une implication, un sérieux face à la tâche ?

Les auteurs et autrice de L’injonction au professionnalisme se posent les mêmes questions. Ils et elle en viennent à écrire : « Être professionnel c’est se comporter comme tel, œuvrer comme tel, c’est bien faire son travail. D’autres interrogations émergent alors : qui apprécie le travail réalisé, quels critères sont retenus pour l’évaluer ? »3. Cela me fait penser à cette devinette : « quel bruit fait un arbre qui tombe lorsque personne ne peut l’entendre ? » ; quand je repeins les murs de ma maison, pourquoi ne suis-je pas considéré comme peintre professionnel alors que mes invité·es ne voient pas la différence (avec d’autres murs peints par une personne rémunérée) ? Pourquoi ne suis pas considéré comme professionnel alors même que, sûrement par flatterie, ma maman me dit que j’ai travaillé « comme un pro » ?

Et le professionnalisme dans tout ça ? Le -isme (et quelques remarques reçues que j’évoque plus loin) m’ont poussé à distinguer « professionnalisme » et « professionnalité » ; les -ismes étant plutôt signe d’un abus. Le professionnalisme c’est le nom de l’injonction : « soit professionnel·le ! ». Comme je viens de le montrer, la problématique principale c’est que nous n’avons toujours pas clarifié ce que « être professionnel·le » veut vraiment dire. D’où ma remarque précédente : le professionnalisme se loge dans l’œil de celui ou celle qui évalue.

La professionnalité me paraît pouvoir nommer un processus qui n’est pas abusif. La professionnalité c’est le savoir-être professionnel·le, c’est ce que font les professionnel·les quand ils et elles se reconnaissent professionnel·les. À l’inverse du professionnalisme, la professionnalité ne s’impose pas. C’est à la fois un état de fait : « ce que font les professionnel·les quand ils et elles se reconnaissent professionnel·les » et à la fois une confiance donnée à l’autre quant à son savoir-vivre. On fait confiance à la professionnalité de l’autre ou on le sermonne avec une injonction au professionnalisme : la pratique n’est pas la même.

Même dans un cadre de formation, où nombres de collègues/commanditaires m’exhortent à « former au professionnalisme », il est tout à fait envisageable d’encourager des professionnalités saines, éthiques, réflexives plutôt qu’une injonction uniforme à un professionnalisme mal défini. En soit, je remarque dans les différents lieux où je travaille que la volonté collective des formateurs et formatrices est davantage d’encourager des professionnalités. Il y a de temps à autres des injonctions au professionnalisme mais qui sont plutôt utilisé comme rappel à la règle. De temps en temps, il est vrai que j’ai constaté des usages de cette injonction comme rappel normatif envers des gens dit « éloigné·es de l’emploi », de classe populaire, en « réinsertion socio-professionnelle ».

Le professionnalisme, dans le fond, c’est un critère creux, sans définition palpable, qui permet de déclencher, sur commande, des phénomènes de distinction. C’est un outil de disqualification de ce que font les personnes qui ne travaillent pas comme j’aimerais qu’elle le fasse. Ou, plus rarement, un outil de valorisation de celles et ceux qui œuvrent d’une manière admirable à mes yeux. Et c’est ici que mes deux hypothèses rencontrent les travaux cités et coordonnés par Valérie Boussard, Didier Demazière et Philip Milburn :

Hypothèse 1 : une norme professionnelle exogène

Les auteurs et l’autrice nomment une différence dans la définition du critère de professionnalité : une définition dite « endogène » ou « from within » construite, portée et reconnue par les travailleurs et travailleuses elleux-même et une définition dite « exogène » ou « from above » qui s’impose à elles et eux, quoiqu’ils ou elles en pensent.

L’hypothèse des auteurs et de l’autrice serait que la définition d’une professionnalité from above se développerait dans les sociétés de notre région du monde. La logique néolibérale de l’atomisation des groupes professionnels va avec le développement de pratique libérale comme le montre l’augmentation des micro-entreprise. De plus, les auteurs et l’autrice citent l’avènement des évaluations du travail portées à l’extérieur (client-roi, organisme d’évaluation, démarche qualité, etc.) comme facteur potentiellement causal à une définition from above.

Dans mon cadre de travail, j’ai pu éprouver cette définition exogène, from above. En tant que formateur « de terrain », nous sommes recrutés par des commanditaires qui nous missionnent pour gérer tel ou tel cours/module. Notre pratique est à la fois estimée et non-évaluée. C’est-à-dire que les apprenant·es face à moi estiment la qualité de ma prestation. Ils et elles ont rarement des critères très définies et n’ont pas de document administratif à remplir pour m’évaluer officiellement. Toutefois, après des heures avec moi, ils et elles ont souvent une idée. Néanmoins, ce ne sont pas elles et eux mes clients mais bien la structure, représentée par des cadres-commanditaires. Elleux sont sensé·es plus ou moins m’évaluer. Comment le font-ils ou elles alors qu’iels n’assistent pas aux cours ? Qu’ils et elles ne me voient pas en action ?

C’est bien une problématique à laquelle je me suis retrouvé confronté. Des cadres-commanditaires se sont plaint de mon manque de professionnalisme. Nous (l’équipe de la SCOP qui m’emploie) n’avons jamais réussi à avoir le fin mot de l’affaire. Quels sont les reproches concrets qui me sont fait ?

À travers quelques discussions, et beaucoup de déductions, nous en sommes venus à croire que mon « manque de professionnalisme » venait principalement de ces éléments :

  • Je suis souvent assis sur les tables. Je bouge beaucoup dans la salle de formation et je peux parfois m’asseoir à côté d’un·e apprenant·e. Cette posture me vient de ma pratique en éducation populaire ; elle est d’ailleurs acceptée dans ces milieux. Les milieux universitaires ont plus de mal.
  • Je suis vulgaire. J’ai un look hérité du punk et je dis beaucoup de gros mots, alors même que je donne cours. Certain·es me reprochent de ne pas coïncider avec l’image d’Epinal du professeur.
  • Je cherche à être sympa avec les apprenant·es. Selon d’où on est, selon notre milieu professionnel, cela peut paraître tantôt une évidence que les apprenant·es ont a être traité avec bienveillance, dignité et amabilité, tantôt une aberration. Alors, évidemment, aucun·e professionnel·le n’affirmera maltraiter volontairement les apprenant·es. Pourtant, il est quotidien d’entendre ou de voir des postures dominatrices, rabaissantes, violentes, etc. Suffisamment du moins pour que l’on me reproche d’être « trop sympa ».
  • Je travaille à la documentation d’une pédagogie par l’intime, en proximité. Et visiblement, ça dérange assez pour que des collègues me retournent que ce n’est pas professionnel.

Bref, le point commun qui tisse mon hypothèse est que les remarques reçues sont toutes émises par des non-formateur·ices et/ou non-issu·es des sciences de l’éducation et/ou non-issu·es de l’éducation populaire. J’ai, à vrai dire, assez peu de problèmes de ce genre avec des gens diplômé·es de SDE ou ayant un parcours en éducation populaire. Ainsi ce sont bien une professionnalité, pour ne pas dire un professionnalisme, qui me tombe dessus from above.

Hypothèse 2 : un professionnalisme colonisateur

Et ce professionnalisme me semble tout à fait coïncider avec les logiques bourgeoises dénoncées par Vilém Flusser4. Il s’impose comme norme hégémonique universelle. Ce n’est plus une manière de faire, dans un groupe professionnel situé. C’est la manière de faire. Il suffit de voir comment « être professionnel·le » est devenue une qualité individuelle ou exigée des personnes, sans être reliée à une quelconque réalité matérielle, un groupe professionnel précis, ni même un métier ou un emploi.

Ce « être professionnel·le » ne s’embarrasse plus de se situer, de se décrire en « savoir-être métier ». Il ne se confond pas non plus (pas tout à fait) avec un « savoir-être » plus général. J’ai entendu il y a peu la tenue d’un module de formation en « éthique professionnelle ». Cette éthique serait une éthique globale, uniformisante puisque les compétences sont avant tout individuelles et rendent les personnes transférables. Il fallait bien qu’il y ait un seul cadre éthique global pour permettre cette transférabilité.

Par ailleurs, Pierre Bourdieu nommait, à propos de l’art, qu’il n’y a que les classes moyennes ou les petits-bourgeois pour s’y passionner. La bourgeoisie titulaire et possédante n’en a que faire de l’art ; elle l’utilise comme n’importe quel autre moyen dans sa quête de profit et d’hégémonie. Je crois percevoir un effet comparable quant au professionnalisme. L’injonction au professionnalisme s’appliquerait davantage aux subalternes qu’aux dominant·es.

Dans mon milieu, je ne vois jamais autant d’injonction au professionnalisme qu’envers des étudiant·es, des factotums, des subordonné·es. Si l’on prend comme exemple la ponctualité, souvent vue comme une qualité professionnelle ; nous rions régulièrement avec les collègues de la corrélation observée entre retard en réunion et niveau de diplôme ou grade dans la structure. Sans en faire une loi générale (concernant la ponctualité), nous avons l’impression qu’il y a une forme d’autorisation des personnes valorisées professionnellement à ne plus être si professionnelles… tout en exigeant le plus haut degré de professionnalisme de leurs subordonnées !

Conclusion et suite

Cette première recherche m’a amené à une vision du professionnalisme comme contradictoire. Comme Bruno Latour a segmenté la mondialisation en mondialisation-plus et mondialisation-moins, j’en viens à percevoir une distinction entre un professionnalisme-plus et un professionnalisme-moins. L’un serait un encouragement au développement de compétences spécifiques, d’une reconnaissance sociale et d’une participation au bien commun quand l’autre est une suite d’injonctions visant avant tout l’uniformisation et le contrôle des subalternes : diversalité versus universalité, en soit. Ce sera le sujet de l’article suivant.

Ici je voulais surtout définir les termes et les enjeux, j’écris actuellement une suite où la réflexion s’incarne dans mes milieux. Où cette question du professionnalisme se pose de manière située dans des emplois de formateur et de formatrice en formation d’adultes (formation initiale comme continue) et parfois dans des emplois de travailleurs et travailleuses du social. Cette suite m’amène à une critique du professionnalisme dans les métiers de l’adresse à autrui et pousse à réfléchir à d’autres cadres possibles. Doit-on vraiment être professionnel·le ? Cette injonction est-elle porteuse de sens et méliorifique d’un point de vue de la qualité dans des métiers de l’éducation ? Quels possibles cette/ces injonction(s) empêchent-elles ?


  1. Boussard, V., Demazière, D. et Milburn, P. (2010). L’injonction au professionnalisme : analyses d’une dynamique plurielle. Presses Universitaires de Rennes. p. 14. ↩︎
  2. ibid., p. 15. ↩︎
  3. ibid., p. 15. ↩︎
  4. Flusser, V. (2014). Le geste de chercher. Dans Flusser, V. (2014). Les gestes. Al Dante. p. 95-115. ↩︎

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